Créabulles, Expositions, Dédicaces, Rencontres.

Chroniques

Quelques-unes des BD qui nous ont le plus marqués.
N’y voyez aucun a priori, aucune prise de tête, aucune volonté de gonfler nos egos mais tout simplement l’envie de vous faire partager nos impressions de lecture. 

  • BUONAPARTE T1

    Buonaparte 1Coup de coeurTome 1 : Sainte-Hélène
    Scénario : Fabienne PIGIÈRE et Rudi MIEL
    Dessin : Iván GIL
    Couleurs : 1ver2ânes

    Dépot légal : avril 2021
    Editeur : 
    Delcourt
    Collection : Histoire & Histoires
    ISBN : 978-2-413-03012-6
    Nombre de pages : 56

    Ce 5 mai 1821, l’empereur déchu Napoléon Ier vient de rendre son dernier soupir à Longwood House, sa dernière résidence sur l’île Sainte-Hélène, en plein Atlantique Sud. Dans un long retour en arrière, les auteurs passent alors en revue les derniers événements de la vie de l'Empereur Napoléon, y compris ses rendez-vous manqués en Pologne, en Corse, etc. à la fin du XIXe siècle, avec un certain Hudson Lowe alors colonel dans l’armée britannique. Promu Major général, puis Lieutenant général après l’abdication de Napoléon, Lowe se verra offrir le poste de gouverneur militaire de Sainte-Hélène où, succédant à l’amiral George Cockburn qui y avait transporté Napoléon à bord du HMS Northumberland, il sera son geôlier à partir d'octobre 1815 jusqu'à son décès le 5 mai 1821. On se souvient qu’après son abdication le 22 juin 1815, Napoléon a fui Paris vers la Vendée rejoignant l’île d’Aix, entre le continent et l’île d’Oléron, espérant embarquer sur la frégate La Saale pour rejoindre l’Amérique. Intercepté par des navires anglais, il s’est rendu en espérant obtenir des sauf-conduits pour partir en Amérique ou à défaut obtenir l’asile en Angleterre et y être traité comme un hôte et non comme un prisonnier de guerre. On connaît tous la suite. Tout va être mis en place pour que Napoléon ne puisse plus nuire à l'Europe en l'exilant sur cette île coupée du monde et, surtout, éviter que ne se répète l'échec de son éloignement sur l'île d'Elbe entre avril 1814 et mars 1815. Outre la garde de Napoléon, une autre mission est également confiée à Hudson Lowe : découvrir où se trouve le "trésor" dont Napoléon, alors général Bonaparte, se serait emparé lors de sa Campagne d'Égypte à partir de 1798. Ces six dernières années de la vie de Napoléon sont donc bien son dernier combat.Buonaparte plancheMon avis: Très bon timing pour la sortie de cet album, à la fois récit historique documenté et fiction – la bande dessinée est bien un art à part entière, une activité culturelle mais aussi un divertissement ! – à l’occasion du bicentenaire de la mort de Napoléon Ier à Sainte-Hélène. L’album s’ouvre sur l’annonce du décès de l’empereur déchu, qui sert de prétexte à plusieurs flashes-back bien orchestrés par Rudi Miel et Fabienne Pigière sur la vie et la carrière des deux principaux acteurs de leur récit, Napoléon, évidemment, et celui qui va devenir à la fois gouverneur de l’île et son geôlier à partir d’octobre 1815, Hudson Lowe, mais pas seulement puisqu’ils évoquent bien d’autres contemporains ayant croisé ou côtoyé Napoléon.

    Commémoration ou célébration ? La différence est si ténue que cela ne vaut pas la peine de s’y attarder. Mais il est vrai qu’en France, Napoléon est et reste source de polémique, admiration chez les uns, antipathie chez les autres. Ce jeune militaire de 19 ans en 1789, en pleine Révolution, a gravi peu à peu tous les échelons, participé à des batailles et victoires mémorables à la tête des armées françaises, réformé la France, façonné le pays tel qu’il est aujourd’hui. C’était l’époque où la France inspirait le monde entier.

    À l’île d’Elbe, premier lieu d’exil (mais pas d’emprisonnement) de Napoléon en 1814, l’empereur est présent partout et même une source d’eau naturelle s’appelle désormais "Fonte Napoleone" ! Il est clair que le territoire se souvient de lui pour toujours.Buonaparte planche suiteEn Belgique, notamment à Waterloo, ce bicentenaire va donner lieu à de multiples événements entre mai et décembre 2021 (expositions, conférences, tables rondes, reconstitutions réunissant des "fans" de toutes nationalités, fiers de revêtir des costumes d’époque reconstitués à partir d’archives, au point qu’un ticket unique, le Pass 1815, a été créé pour l’occasion). Cet album vient donc à point nommé.

    À partir de faits historiques que tout le monde connaît (ou devrait connaître), les auteurs parviennent à nous surprendre en construisant une bonne intrigue à partir du supposé trésor amassé par Napoléon.
    Une pointe d’improvisation, de fiction pour une intrigue jouant un peu avec la chronologie des faits, juste ce qu’il faut pour rendre le récit très intéressant et éveiller notre intérêt. Une belle surprise.Buonaparte pages
    Le madrilène Iván Gil a certainement semblé le dessinateur le mieux autorisé pour illustrer "Buonaparte" puisqu’on lui doit déjà deux séries consacrées à l’empereur Napoléon, "La Bataille" (d’Essling sur le Danube en mai 1809), trois tomes publiés chez Dupuis en 2012-14, puis "Bérézina" (sur la rivière du même nom dans l’actuelle Biélorussie en 1812), trois tomes parus chez Dupuis en 2016-18. Il a également publié chez Glénat en février 2021 le premier tome d’une série originale intitulée "Les Dragons de la Frontière".
    J’accroche au dessin d’Iván Gil au trait fin, précis et réaliste. Il est autant à l’aise sur les scènes de guerre et/ou spectaculaires avec chevauchées, en plaine ou en terrain montagneux, que sur les scènes maritimes historiques avec divers vaisseaux et frégates à voiles.
    Un gros travail de documentation donc, que l’on apprécie également sur les costumes, les uniformes, les armes et les décors.
    Une mise en page soignée pour une lecture fluide bénéficiant de couleurs agréables et lumineuses dues à Vérane Otero alias 1ver2ânes.
    On lui doit aussi la superbe illustration de couverture très évocatrice.Buonaparte page suite
    On lira en fin d’album un très intéressant dossier documentaire de 8 pages dû à Rudi Miel intitulé "Le dernier combat de Napoléon – Aux détours de l’histoire".

    Bravo à l’équipe pour ce bel album dont on attend la suite avec impatience. 

    SDJuan

  • GAGNER LA GUERRE Tome 3

    Gagner la guerre 3Gagner la guerre 3 n bTome 3 . La mère patrie
    Scénario : Frédéric GENÊT
    Dessin : Frédéric GENËT
    Couleurs : Frédéric GENËT & Annelise SAUVËTRE
    Adapté de : Jean-Philippe JAWORSKI
    Dépot légal : Février 2021
    Editeur : Le lombard
    ISBN : 978-2-8036-7709-2
    Planches : 56

    Après des mois passés dans les prisons de Ressine, Benvenuto Gesufal est de retour à Ciudalia contre paiement d’une rançon. Il ne s’attendait pas à être accueilli et acclamé comme un héros lorsque son navire accoste au port. Encore moins par la famille Mastiggia qui le remercie d’avoir tout tenté pour sauver leur fils Bucefale, ignorant la terrible vérité sur le rôle joué par Benvenuto. Pour le moment, Benvenuto ne risque pas grand-chose et va de surprise en surprise en découvrant sa popularité auprès de la population de Ciudalia. Son protecteur, le podestat Ducatore, celui-là même qui l’a engagé comme exécuteur de ses basses œuvres, s’est porté garant de sa conduite. Profondément marqué par les événements et son emprisonnement, Benvenuto ne pense qu’à une seule chose, se reposer, reprendre des forces et retrouver sa forme… La situation va toutefois prendre une autre tournure quand le podestat persuadé d’être le seul maître du jeu, le seul à pouvoir manipuler ses pions, va dévoiler ses intentions. Mais tout le monde n’est pas dupe et cela va entraîner une redistribution des cartes qui va également concerner Benvenuto. Gagner la guerre 3 pageMon avis: Pandémie ou pas, confinement ou pas, Frédéric Genêt s’est consacré non pas en forçat du travail puisqu’il ne s’agit pas d’esclavage mais en artisan consciencieux, méticuleux et soucieux de la satisfaction de ses lecteurs à l’élaboration de ce troisième tome de sa série Gagner la Guerre tout au long de l’année 2020.
    Voici donc le troisième volet de cette aventure qui ne manque pas de rebondissements même si cette fois il s’agit davantage d’intrigues et de manœuvres politiques.
    Benvenuto n’en finit pas d’essuyer des revers. Pour le moment, il s’en prend plein la figure, comme en témoignent ses blessures et balafres, mais ce n’est ni un saint, ni un naïf. Il a du répondant et lui aussi saura réagir, à sa manière, même si jusqu’à présent il a fidèlement suivi toutes les instructions du podestat Ducatore.
    Frédéric Genêt
    s’en donne à cœur joie et cela se ressent à travers un scénario dense et soutenu où les surprises se succèdent et s’enchaînent.
    Si les deux couvertures précédentes étaient déjà très belles, celle-ci monte d’encore un cran, illustrant toute la tension, le drame qui se joue autour du héros. Gagner la guerre 3 page suiteOn apprécie toujours le dessin globalement énergique. Et même si ce troisième tome propose moins de scènes d’action et/ou de bravoure grandioses, la qualité s’exprime tout autant par le biais des très nombreux décors intérieurs et extérieurs, architecturaux, mobiliers, paysagers, urbains qui agrémentent l’album.
    Et comme toujours, l’ensemble n’est pas surchargé afin de rester clair et très lisible, avec des personnages aux visages expressifs et une mise en couleurs toujours aussi soignée.Gagner la guerre 3 planche n b
    Une version N&B à tirage limité avec couverture bichrome grenat/beige clair et carnet de croquis est également prévue comme pour les tomes précédents.
    Troisième tome d’une série dont l’intérêt reste entier.

    SDJuan

  • JOUR J 44

    Jour j 44Tome 44 : Le Grand Secret 3/3
    Scénario : Fred DUVAL Jean-Pierre PÉCAU et Fred BLANCHARD
    Dessin : BRADA
    Couleurs : Jean-Paul FERNANDEZ
    Couverture : Fred BLANCHARD et Nicolas SINER
    Dépot légal : Avril 2021
    Editeur : Delcourt
    Collection : Neopolis
    ISBN : 978-2-413-03724-8
    Nombre de pages : 56

    Plus rien ne semble pouvoir arrêter les nazis présents à New York pour la conférence de paix devant aboutir à la conclusion d’un accord entre l’Allemagne et l’Angleterre qui scellera la victoire d’Hitler en Europe et cela d’autant plus qu’Oswald Mosley, le nouveau Premier ministre ayant succédé à Churchill, est un fervent fasciste. Mary et Bob restent le seul espoir pour stopper l’engrenage infernal. À Shanghaï, ils ont pu récupérer des preuves des projets nazis d’extermination des Juifs et, dans le but de les communiquer au monde entier, ont pris la mer à destination de Hong Kong à bord d’une petite embarcation. Mais rapidement ils sont arraisonnés par une vedette japonaise. Contre toute attente, l’arrestation va tourner en leur faveur. Sorge, un agent du Komintern que Bob a déjà croisé, a été chargé de les aider à fuir Shanghaï. En effet, entretemps les Russes sont devenus des alliés inattendus contre la menace nazie. Ayant infiltré les militaires Japonais à bord de la vedette, Sorge n’hésite pas à les faire abattre. Il conseille à Bob et Mary d’abandonner l’idée d’aller à Hong Kong. Il serait plus sûr de rejoindre l’Inde par voie terrestre à travers les territoires chinois non occupés par le Japon. Ce sera plus long mais beaucoup moins risqué. Dans le même temps, à New York, un autre allié inattendu se manifeste, les membres de la branche américaine de la Cosa Nostra.Jour j 44 planche 1Mon avis: Troisième et dernier tome de ce triptyque qui a réussi à nous tenir en haleine grâce aux multiples péripéties et coups de théâtre habilement agencés par nos trois scénaristes bien connus. Si les rebondissements font intervenir de nombreux personnages historiques célèbres pour stopper la déferlante nazi et éviter qu'Hitler contrôle toute l'Europe, c’est bien le personnage de Mary, bien secondée par Bob, qui domine l’intrigue. Et on tremble presque à l’idée qu’aurait pu avoir un échec de sa part.
    Un thriller historique bien ficelé par ce trio de scénaristes, Fred Duval, Jean-Pierre Pécau et Fred Blanchard, qui nous proposent de nouveaux albums à une vitesse défiant toute concurrence.
    Une nouvelle fois, le principe de l’uchronie sous forme de "Et si..." fonctionne de manière efficace et sur un rythme soutenu, multipliant les rebondissements tout en préservant une narration claire et fluide. Et même si le scénario doit céder à quelques facilités, l’aventure est bien documentée et racontée d’une manière tout à fait crédible.Jour j 44 planche autreAu dessin, Brada excelle dans ce style polar qui lui convient tout à fait.
    Il met parfaitement en scène les diverses situations d'action – cavales, courses-poursuites, bagarres, etc. – le tout dans des décors intérieurs et extérieurs, urbains ou en pleine nature, finement travaillés. Les personnages sont clairement identifiables. Une bonne gestion des cadrages et de la mise en page pour ce thriller solide et fluide dont le suspense fonctionne parfaitement. Très belle couverture réalisée par Fred Blanchard et Nicolas Siner. 
    Un triptyque qui confirme le succès de la collection Jour J.

    SDJuan
     

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  • NOTTINGHAM 1

    Nottingham 1Tome 1 . La Rançon du roi
    Scénario : Vincent BRUGEAS & Emmanuel HERZET
    Dessin : Benoît DELLAC
    Couleurs : Denis BÉCHU
    Dépot légal : Janvier 2021
    Editeur : Logo le lombard
    ISBN : 978-2-8036-8035-1
    Nombre de pages : 56

    Normandie, an de grâce 1192.
    L’aventure commence par un bain de sang. En effet, des lettres sont envoyées aux quatre coins de l’Europe pour faire savoir que le Roi Richard Cœur de Lion est retenu prisonnier par le Duc d’Autriche. Cela fait les affaires de son frère, le vil et vilain Jean sans Terre. Le bras droit armé de Jean, qui porte le doux nom de Hugues de Morville, cherche et tue les différents messagers. Personne ne doit croire ce bon vieux Richard prisonnier. Pour le peuple, il doit être mort !
    Pendant ce temps dans la forêt de Sherwood, une jeune femme et un homme vont organiser le casse du siècle: voler le trésor de Jean sans Terre ! En effet, Pour que Jean sans Terre devienne Jean plein de Terre – et donc roi – il a besoin d’argent et ces écus il va les recevoir, comme chaque année, de la part des shérifs. Et si celui de Nottingham – celui que nous avons tant détesté dans le dessin animé, avouons le – prenait la tête de la révolte et ne payait pas ? Quoi !? Robin des Bois est le shérif de Nottingham ?! Bien joué, bravo à Vincent Brugeas, Emmanuel Herzet et Benoît Dellac !Nottingham 1 planche
    William, le shérif de Nottingham, va payer les taxes – oui, je sens que vous êtes déçus – et escorter ce bon vieux Hugues de Morville jusqu’à la frontière de son Comté: la forêt de Sherwood. Que le casse du siècle commence...
    Je vous laisse découvrir la suite en lisant l’album !Nottingham planche autreMon avis: C’est un très bel album que nous offre Benoît Dellac. Certaines doubles planches valent la peine d’être vues et dynamisent la lecture. On retrouve la même vitesse dans les combats de Nottingham que dans ceux de "Serpent Dieu", sa série précédente. La couverture est magnifique. Je regrette juste le bordereau spoilant LA nouveauté et nous mettant au parfum directement sur l’identité de Robin des Bois.
    La nouveauté est là: Vincent Brugeas et Emmanuel Herzet mettant notre shérif abhorré dans la peau du héros. Le scénario est clair et précis, on s’y retrouve facilement et la lecture est donc aisée. J’attends la suite avec impatience !

    Jordan M

  • CONQUÊTES 7

    Conquetes 7Tome 7 . Tanami
    Scénario : Jean-Luc ISTIN et Nicolas JARRY
    Dessin : Zivorad RADIVOJEVIC
    Couleurs : Vincent POWELL
    Lettrage : Sandrine CORDURIÉ
    Couverture :Istin, Jean-Luc ISTIN, Bertrand BENOÎT et NANJAN J.
    Dépot légal : Mars 2021
    Editeur :
    Soleil
    Collection : Anticipation
    ISBN : 978-2-302-09021-7
    Nombre de pages : 65

    Fuyant la Terre, un groupe de soldats australiens, parmi lesquels Taylor et Wilson, se retrouve sur une planète hostile couverte d’une épaisse végétation et peuplée d’animaux typiques de l’époque du Crétacé terrestre. Pensant avoir fait un voyage dans le temps, ils finissent par se rendre compte qu’il ne s’agit pas de la Terre. L’état du vaisseau de survie à côté duquel ils se sont réveillés confirment s’il en était besoin qu’ils ont atterri là en catastrophe, sans doute en fuyant un croiseur interstellaire en perdition. Tous ignorent ce qu’il s’est réellement passé puisqu’ils semblent avoir perdu la mémoire. À la recherche d’indices et d’explications, ils constatent que leur chaloupe de sauvetage est d’origine extraterrestre et, très vite, ils en découvrent une autre dont les vingt-cinq passagers en état avancé de décomposition sont en réalité des aliens. Ayant récupéré tout ce qu’ils peuvent, notamment des armes et des rations de survie d’origine extraterrestre, ils regagnent leur campement. Sur cette planète hostile, ils ne vont pas tarder à faire connaissance avec d’autres survivants aliens et être confrontés à un danger invisible même s’ils finiront par obtenir des réponses à leurs interrogations...Conquetes 7 plancheMon avis: Poursuite de cette série-concept de science-fiction lancée en septembre 2018 nous proposant sur un thème et dans un univers communs des récits indépendants dont le dernier concerne la planète Tanami.
    D'entrée de jeu, on est accaparé par l’intrigue, renforcée par l’amnésie collective et les interrogations qu’elle soulève, située dans cette jungle hostile même si la planète pouvait de prime abord paraître semblable à la Terre. Le décor naturel impressionne mais n'est pas l’élément essentiel. Malgré le potentiel évident de la période jurassique crétacée, les scénaristes, Nicholas Jarry et Jean-Luc Istin, ne s’y attardent pas trop. Alors qu’on pense partir sur des pistes issues de notre culture cinématographique, notamment les sagas Jurassic Parc, Alien, Terminator, Predator, etc., au final les rebondissements nous mènent ailleurs... vers un danger bien plus insidieux et, surtout, invisible.

    Un album violent qui reflète bien l'histoire et son contenu d’une manière tout à fait plausible.
    Côté dessin, Zivorad Radivojevic n'est pas avare de surprises, bien au contraire que ce soit pour la végétation luxuriante, les vaisseaux spatiaux, les armes, les scènes d’action et les très nombreux personnages.
    Son trait réaliste et soigné fait mouche.
    Quelques magnifiques doubles pages, énormément de cases de tous formats pour une illustration globalement vivante et dynamique.
    Une mise en couleurs agréable de Vincent Powell soulignant les différentes ambiances et elle aussi pleine d’énergie.
    À noter la belle couverture due à Jean-Luc Istin et Benoît Bertrand avec des couleurs de Jamberi Nanjan.

    SDJuan

  • GOLGOTHA T1

    Golgotha 1Golgotha t1 n bTome 1 . L'arène des maudits
    Scénario :ALCANTE et Laurent-Frédéric BOLLÉE
    Dessin : Enrique BRECCIA
    Couleurs : Sébastien GÉRARD
    Dépot légal : mars 2021
    Editeur :
    Soleil
    ISBN : 978-2-302-09208-2
    Nombre de pages : 56

    Cité de Pompéi en 64 ap. J.-C. Meilleur combattant de l’école (ludus) de gladiateurs de Claudius Scipio Caper, l’une des plus réputées de l’empire, le gladiateur Lucius est l’homme le plus acclamé et le plus populaire de Pompéi. Malgré tout, il a pris la décision de se retirer des arènes, de se marier et de fonder une famille. Sa notoriété a poussé Julius Actorius, un riche propriétaire terrien, à le contacter et à lui promettre la main de sa fille Julia en échange de son soutien pour se faire élire tribun. Mais avant d’entamer sa nouvelle vie, Lucius tient à soigner sa sortie par un ultime grand combat. Ce qu’il ignore, c’est que Claudius, qui s’estime trahi par ce combattant qui lui doit tout, lui a réservé un adversaire de taille, un guerrier numide véritable force de la nature. Dans le même temps, un étrange naufragé fait son apparition. On dit même qu’il serait mort pour la seconde fois et, pourtant, il est bien vivant pour raconter son histoire.

    Golgotha p1Golgotha 1 n b

    Mon avis: Sur un scénario pensé et écrit pendant la rédaction de celui de "La Bombe", Golgotha (premier tome d’une trilogie) se présente comme un péplum mettant en scène des personnages fictifs mais inscrits dans un contexte historique réaliste, comme le chantier de l'amphithéatre Flavien (mieux connu depuis sous le nom de Colisée).
     L'histoire se situant durant la seconde partie du premier siècle de notre ère, on trouve évidemment des références directes à la Bible mais Alcante et Laurent-Frédéric Bollée font de leur récit une évocation soignée des différentes classes de la société romaine et du rôle des femmes en y ajoutant une bonne dose de fantastique et de surnaturel.Golgotha planche autre
    Un gladiateur ayant connu la gloire va vivre l'enfer au cours de multiples rebondissements plus qu'inattendus ayant un impact direct sur sa survie, en lien avec les nombreux enjeux politiques associés.Golgotha planche plus tard
    Un récit bourré d'énergie de par son sujet mais aussi grâce au dessin soigné et travaillé d'Enrique BrecciaLe dessinateur maîtrise parfaitement les scènes de combat, puissantes voire dévastatrices avec un trait bien reconnaissable.
    Il est également à l’aise dans la restitution de la haute société romaine dans des décors majestueux, mais aussi dans l’illustration de la pauvreté, de la misère, des laissés-pour-compte de la société romaine et de tous ces "monstres", soldats ou gladiateurs, blessés, estropiés, défigurés.
    Même si la version couleurs (réalisée par Sébastien Gérard) colle parfaitement à l’ambiance romaine, je recommande la version noir et blanc pour encore mieux apprécier et se rendre compte de la qualité du travail du dessinateur.Golgotha n bUn premier tome prometteur.

    SDJuan

  • MARQUÉS T1

    Marques couvTome 1
    Scénario : David HINE & Brian HABERLIN
    Dessin : Brian HABERLIN
    Couleurs : Geirrod VAN DYKE
    Couverture : Jay ANACLETO, Brian HABERLIN et Geirrod VAN DYKE
    Dépot légal : mars 2021
    Editeur :
    Delcourt
    Collection : Contrebande
    Format : Format comics
    ISBN :978-2-413-03782-8
    Nombre de pages: 180

    Saskia est une jeune fille douée pour le dessin. Elle ignore encore que ce don, en l’entraînant dans une aventure extraordinaire, sera le révélateur de ses pouvoirs. Pour le moment, son amie Cyreese qui connaît sa passion pour les arts graphiques, l’encourage à répondre à l'annonce d’une école d’art promettant une inscription assortie d’une allocation de 20000 dollars. C’est simple, il suffit à chaque candidat(e) d’envoyer un dessin illustrant ce qu’il(elle) a perçu en regardant le portrait de la femme représenté sur le prospectus publicitaire. Au grand étonnement des deux amies, Saskia a dessiné un phénix qu’elle envoie à l’adresse indiquée. Elle est rapidement invitée à rejoindre l'école d'art qui est en fait une organisation secrète appelée "Ordre des Sorciers". Chargés de protéger la Terre des forces du mal, ses membres sont "Marqués" car tatoués de glyphes magiques tous plus puissants les uns que les autres. Saskia est aussitôt prise en main par les plus anciens sorciers qui lui enseignent de manière rigoureuse les pratiques magiques les plus traditionnelles. Elle se révèle une très bonne élève. Saskia fait la connaissance de Liza qui a des idées plus avant-gardistes de la magie. Celle-ci invite Saskia à l’une de ses expériences de magie hybride malgré l’interdiction en vigueur à l’école. Mais la manipulation tourne mal et Saskia y perd la vue. Pour avoir enfreint les règles, Liza est condamnée à être dépossédée de ses pouvoirs et expulsée de l’Ordre des Sorciers. En réalité, grâce à une connaissance au sein de l’école elle va les conserver. Désormais seule, sa magie hybride va attirer bien des convoitises et atteindre un point de non-retour... Marques plancheMon avis: Un scénario original, mélange de magie et de sorcellerie situé dans un contexte plutôt actuel.
    On est fasciné par ces "tatouages", la marque de chaque sorcier/sorcière et, surtout, de son pouvoir, que nous voyons se métamorphoser à la surface de la peau.
    Le récit évoque d’abord une magie ancestrale désormais assagie faute de desseins à accomplir ou de menaces à contrer mais rapidement va apparaître une magie hybride incarnée par le personnage de Liza qui se croit capable de la contrôler. En fait, une organisation secrète va la recruter et des expériences faisant appel à l’occulte seront menées pour créer une sorte d’armée de super soldats. Dès lors, le récit est entièrement dédié à l’affrontement entre l’école de magie traditionnelle et les nouveaux tenants d’un occultisme s’appuyant sur des technologies modernes.
    Le mystère reste donc bien présent mais l’action a pris le dessus nous régalant de nombreuses scènes de combat.Marques
    La partie dessin est due à Brian Haberlin et Jay Anacieto.
    Si les pages où les tatouages prennent forme sont de véritables œuvres d’art, en partie grâce au très bon travail des couleurs de Gierrod  Van Dyke, le reste de l’album nous offre de belles pages au dessin soigné et travaillé, riches en décors (intérieurs et extérieurs) et globalement dynamiques grâce à des cadrages et un découpage bien agencés et maîtrisés.
    Les nombreux personnages sont tous bien reconnaissables ce qui sert parfaitement la bonne fluidité de lecture.

    Du beau et bon travail. 

    SDJuan

  • CONTRAPASO Les enfants des autres

    ContrapasoCoup de coeurTome 1 . Les enfants des autres
    Scénario : Teresa VALERO
    Dessin : Teresa VALERO
    Couleurs : Teresa VALERO
    Traduction : Anne-Marie RUIZ et Marie ESTRIPEAUT-BOURJAC
    Dépot légal : Avril 2021
    Editeur : Dupuis 1
    Format :Grand format
    ISBN :979-10-34731-41-1
    Bombre de pages : 152

    Madrid, 1956. Emilio Sanz est journaliste affecté à la rubrique faits divers au sein de la rédaction du journal "La Capital". Il y est entré en 1939 peu avant le déclenchement de la Deuxième Guerre mondiale. C’est à cette même époque qu'un tueur en série a commencé à sévir mais, 17 ans plus tard, les meurtres non pas vraiment été élucidés. Il faut dire que sous Franco, ce genre d'affaire ne devait pas traîner, la police devait rapidement trouver un coupable et l’exécuter. Animé par une exigence de vérité, Emilio a eu beau soutenir que l’homme arrêté, condamné et exécuté n’était pas le coupable idéal qu’on prétendait et qu’il était innocent, cela n’a pas changé grand-chose à l'affaire. Il supporte de plus en plus difficilement de devoir écrire des articles donnant à penser que tout va bien. C'est à ce moment que débarque un jeune journaliste du grand journal parisien L’Express, Léon Lenoir, engagé pour le seconder. Né à Madrid, Léon y a été élevé par son oncle, le général Rios, après la mort de son père, avant de fuir l’Espagne pour des raisons personnelles alors qu’il entrait à peine dans l’âge adulte. En arrivant, il retrouve sa cousine Paloma Rios, illustratrice pour les pages féminines du journal. Les premiers contacts entre Emilio et son nouvel assistant sont plutôt distants jusqu’à ce que survienne ce meurtre d’une infirmière. Contrairement à Emilio, le commissaire Casado est persuadé qu'il s'agit d'un nouveau crime du tueur en série. En fait, ce crime va être l’élément déclencheur qui va rapprocher Emilio et Léon et même les unir bien au-delà de ce qu’ils pouvaient imaginer à mesure que leur enquête va progresser. Contrapaso pageMon avis : Je connaissais déjà Teresa Valero par ses autres travaux, en tant que scénariste sur "Curiosity Shop" illustrée par Montse Martin et sur "Sorcelleries" avec Juanjo Guarnido au dessin, dessinatrice et coloriste sur l'album "We are family" scénarisé par Marie Pavlenko, et enfin tout dernièrement scénariste aux côtés de Juan Diaz Canales sur "Gentlemind" avec Antonio Lapone au dessin. Cette fois c'est en tant qu'auteure complète que Teresa Valero nous revient avec ce superbe album de 144 pages, également publié en Espagne sous le titre "Contrapaso - Los Hijos de los Otros" chez Norma Editorial.Contrapaso page 10Il est clair que Teresa Valero a effectué un énorme travail de recherche documentaire pour cet album, certes de fiction mais profondément ancré dans l'histoire de l’Espagne, du moins la période très sombre du franquisme. Les faits divers tragiques évoqués constituent le fil rouge autour duquel l’auteure greffe tout ce qu’elle a souhaité faire connaître de la situation de l’Espagne sous la dictature de Franco.
    Emilio, pourtant ancien militant phalangiste, se sent muselé, du moins frustré de ne pouvoir exercer son métier de journaliste comme il le voudrait. De fait, la censure politique et le poids de la religion étaient les clés de voûte du système, dissimulant tout le reste. L'arrivée de Léon, jeune idéaliste, bouscule un peu les choses. Malgré leurs différences de points de vue et leurs désaccords, qui donnent lieu à de très intéressants dialogues, nos deux héros vont se compléter et former un duo d'enquêteurs – chevronné et expérimenté pour l’un, plein de fougue pour l’autre – qui va fonctionner à merveille et qui bénéficiera même du soutien actif de Paloma.
    Leur longue enquête va être prétexte à évoquer d’autres aspects sombres du franquisme, la misère, la situation des femmes, les travaux de certains médecins sur l’eugénisme ou d’autres pratiquant des traitements musclés à base d’électrochocs ou de douches glacées pour venir à bout de certaines maladies mentales mais aussi de l’homosexualité.
    Le sous-titre "Les enfants des autres" fait également allusion aux bébés volés, enfants d’opposants et/ou de familles pauvres confiés à des familles d’adoption plus aisées et favorables au régime avec la complicité d’institutions religieuses, de cliniques et de certains fonctionnaires, mais aussi au souhait de beaucoup d’Espagnols, surtout parmi la jeunesse, de réconcilier une société brisée depuis la Guerre civile.
    Quant au titre "Contrapaso" (difficile à traduire en français – voir la définition proposée au début de l’album), il s’applique aux différents sujets dont traite l’album – et ils sont nombreux – et évoque la singularité de cette Espagne franquiste où des journalistes, des écrivains, des dessinateurs ont réussi à se jouer de la censure et/ou à faire passer des messages subtils dans leurs articles, leurs écrits ou leurs dessins.
    Teresa Valero en dévoile un peu plus à chaque page sur la personnalité des acteurs de cette enquête. Des caractères marqués, différents mais compatibles, très humains, très intéressants et l’empathie opère entre le lecteur et les héros. On s’attache aussi à Charo, la fille du médecin légiste, une fillette de 14 ans particulièrement douée et intelligente qui examine les corps en compagnie de son père.Contrapaso pagesTeresa Valero explique en fin d’album qu’elle s’est inspirée de personnes ayant réellement existé pour certains personnages de son récit. Ce supplément fournit aussi d’autres révélations et explications sur l’époque franquiste et nous éclaire sur la manière dont Teresa a conçu et écrit son histoire.
    Préfacé par Pierre Christin, voici un album soigné, travaillé et documenté sur les moindres détails, qui sous forme de polar avec ce qu’il faut de suspense et de tension, incite à la réflexion sur cette période tragique de l'histoire de l'Espagne. Teresa Valero le fait d’une manière neutre en nous présentant les différents points de vue. Elle relate la vie au quotidien avec ses moments durs, mais aussi ses bons moments, ses joies et ses espoirs.
    Après le superbe Paracuellos et autres récits de Carlos Gimenez, témoin vivant de l’époque franquiste, le superbe album de Teresa Valero est bien le seul à m’avoir autant touché.Contrapaso page 20Et lorsque je dis "superbe album", je ne parle pas seulement du scénario ou de l'histoire mais aussi du dessin et des couleurs qui sont de toute beauté.
    Si l’on pense parfois aux illustrations de Juanjo Guarnido ou aux couleurs de Miguelanxo Prado, c’est bien la griffe Teresa Valero qui s’exprime ici.
    Avec beaucoup d’aisance et d’une manière très fluide, la dessinatrice passe d’un style très réaliste à une atmosphère digne des meilleurs polars, aux visages et expressions souvent en gros plan qui frôlent parfois la caricature, tristes ou drôles, faisant penser aux grands classiques du dessin animé Disney.
    Un grand soin est apporté aux décors avec toujours autant de réalisme et un foisonnement de détails impressionnant !
    Le découpage est dynamique, les cases nombreuses, le rythme intense. Il faut prendre le temps de s'arrêter sur chaque case pour en dévorer chaque trait, indice ou atmosphère si typiques du polar noir de l’époque.
    L’album est dense à tous points de vue (texte et images confondus) et mérite largement que l’on s’y attarde et que l’on y revienne plusieurs fois pour apprécier à sa juste valeur le travail fourni.
    Et bien qu'il ait été pensé en one shot, une suite est d’ores et déjà prévue.

    Sanz Diaz Juan