Créabulles, Expositions, Dédicaces, Rencontres.

Chroniques

Quelques-unes des BD qui nous ont le plus marqués.
N’y voyez aucun a priori, aucune prise de tête, aucune volonté de gonfler nos egos mais tout simplement l’envie de vous faire partager nos impressions de lecture. 

  • WANTED LUCKY LUKE

    Lucky luke wantedCoup de coeurWanted Lucky Luke
    Scénario : Matthieu BONHOMME
    Dessin : Matthieu BONHOMME
    Couleurs : Matthieu BONHOMME
    Dépot légal : avril 2021
    Editeur : Lucky Comics
    ISBN : 978-2-88471-477-8
    Nombre de pages : 68

    Lucky Luke vient tout juste d’échapper à un tireur posté sur les rochers dominant la vallée. L’échange de coups de feu a été violent et rapide. Certain de l’avoir blessé, Lucky Luke doit malgré tout faire vite s’il veut mettre la main dessus. Arrivé sur place, seule une mauvaise surprise l'attend: l’affiche tâchée de sang de sa tête mise à prix pour 50.000 $. C’est alors qu’il entend une nouvelle fusillade. Il se dirige rapidement vers le lieu de l’attaque et aperçoit des indiens en train d’encercler une caravane. Ni une ni deux, il se précipite et règle la question en quelques tirs bien ajustés, découvrant ... trois jeunes et belles femmes, en fait trois sœurs, qu'il va s'empresser de sauver. Elles se rendaient à Liberty pour y vendre leur bétail, bien décidées à prendre un nouveau départ dans la vie suite à la mort de leurs parents. Habitué à s’occuper des troupeaux, Lucky Luke se propose de les accompagner car leur route traverse le territoire des Apaches et de leur chef redouté Patronimo. Le voyage s’annonce périlleux et les surprises nombreuses d’autant que lui-même est désormais recherché… Lucky luke wanted plancheMon avis : En parallèle de la série principale, Matthieu Bonhomme poursuit sur sa lancée en nous proposant une nouvelle aventure, certes à part, mais qui conserve tous les codes du genre : des paysages secs, des chevaux, un avis de recherche avec mise à prix, des bandits de grand chemin, des indiens, les tuniques bleues, des colts, des arcs, des embuscades… autant d’ingrédients pour un album plein d'action et de rebondissements.
    Le titre, à lui seul, en est déjà la promesse, "Wanted Lucky Luke" où le mot Wanted évoque bien sûr l’avis de recherche, la vengeance, la prime. De fait, le lonesome cow-boy n’est plus le chasseur mais bien une proie pour une bande de bandits, un fils réclamant vengeance, des indiens, l'armée et maintenant trois demoiselles (voir la dernière case de la page 58). Et, d’ailleurs, ces trois sœurs secourues pourraient bien être intéressées de toucher la prime d’autant que le "criminel" recherché les accompagne volontairement et qu’il n’est pas pour leur déplaire… Oh les gourmandes... lol ! De toute manière, elles sont gagnantes !
    Après avoir réussi le pari de réaliser un premier tome plus sombre qui a connu un beau succès, Matthieu Bonhomme récidive avec toujours autant de talent mais dans un style plus fun agrémenté d’une bonne dose de romantisme grâce à la présence de ces trois jolies sœurs, Angie, Bonnie et Cherri, qui vont avoir des vues sur le cowboy, chacune à sa manière. À nous de deviner laquelle compte réussir à le faire craquer... si tant est que l'une d'elle y parvienne, bien entendu.
    Une aventure western rythmée, très fluide, avec son lot d'événements inattendus, tout à fait digne des albums de la grande époque du héros et en quelque sorte hommage à Morris et à l’univers de Lucky Luke, complétée d’une évocation de personnages réels comme Jeronimo ici sous les traits de Patronimo, avec de bons dialogues, de l’humour, de l’émotion et toujours des surprises là où on ne les attend pas toujours.
    Un album tous publics mais à plusieurs niveaux de lecture, une bonne aventure western pour un public jeune là où un public adulte percevra les allusions cachées dans certains dialogues ou illustrations…Lucky luke wanted planche suiteEn ce qui concerne le dessin, tout en conservant sa griffe personnelle, Matthieu Bonhomme nous fait penser aux années Morris, alors que les deux styles sont différents.
    Même si j’ai une préférence pour la version N&B, il est indéniable qu'il a réussi à travailler les ambiances de manière efficace en jouant avec les couleurs (en nombre très limité) que Morris utilisait sur certaines scènes. Sauf que lui travaille la couleur par pages, en bi ou trichromie, inversant parfais les couleurs sur certaines cases par rapport aux précédentes.
    Mais là où l'auteur fait très fort, c'est sur le trait net et précis, l’encrage très propre, des points de vue d’allure cinématographique, un découpage soigné, dynamique, efficace, une atmosphère générale typique western et des émotions particulièrement bien rendues … le tout sans dénaturer le personnage puisqu'il ne le fait pas succomber aux "assauts" des trois belles demoiselles afin qu’il puisse poursuivre ses aventures de "lonesome cow-boy" comme il le chantonne en début et en fin d'album.
    Vous l’aurez compris, un album à ne pas rater et que l’on peut lire sans avoir dû lire toute la série mère.Lucky luke wanted canal bd supplementÀ noter que la version N&B CanalBD (si vous avez eu la chance de trouver l’un des 2000 exemplaires édités) est enrichie d’un supplément de 11 pages d’illustrations crayonnées et encrées autour d’un entretien avec l’auteur.

    SDJuan

  • BLACK SQUAW T2

    Black squaw 2Black squaw 2 tirage specialTome 2 - Scarface
    Scénario : YANN
    Dessin : Alain HENRIET
    Couleurs : USAGI
    Dépot légal : Mai 2021
    Editeur : Dupuis 1
    ISBN : 979-10-34754-11-3
    Planches : 48

    Plus d’un soldat afro-américain de l'armée US venu combattre en Europe est rentré au pays bouleversé après avoir découvert qu’un noir y était respecté et même acclamé comme un blanc et pouvait vivre sa vie normalement. Parmi tous les soldats de couleur ayant participé aux deux guerres mondiales sur les champs de bataille européens, l’un s'est particulièrement fait remarquer : Eugène Bullard, qui sera surnommé "l'hirondelle noire de la mort" après avoir rejoint comme pilote l’escadrille Spad en 1917. Et lorsque la toute jeune Bessie recevra une photo dédicacée de son héros, elle sera aux anges, elle qui a toujours voulu être aviatrice. Aujourd'hui, cette passionnée d’aviation a concrétisé son rêve malgré qu'elle ait du sang indien et afro-américain et bien qu’elle soit installée au Texas où le Ku Klux Klan n'est jamais très loin. Grâce à sa bravoure et sa détermination, elle y est arrivée. Il faut dire qu’elle est douée. Assez douée pour s’être fait remarquer par les hommes d’Al Capone ! Elle a enfin son propre avion et si elle travaille un peu dans l’illégalité, cela ne la dérange pas outre mesure, du moment qu’elle peut voler.Black squaw 2 plancheMon avis: Le trio Yann, Henriet, Usagi poursuivant sur la lancée du tome 1 continue de nous faire découvrir l'incroyable parcours de sa nouvelle héroïne Black Squaw, largement inspiré de la vie de Bessie Coleman.
    L’histoire évolue et se complexifie à coups de retours en arrière créant une intrigue à plusieurs niveaux.
    On peut dire que Black Squaw porte bien son nom. L’auteur évoque divers événements de l’époque correspondant à des moments importants de la vie de l’héroïne en lien avec ses origines amérindiennes et son appartenance au groupe afro-américain, principalement le KKK mais aussi la mafia américaine, avec le célèbre balafré "Scarface" Al Capone, et ses trafics illégaux et plus encore (à découvrir pour ne pas trop spoiler).
    Mais si plusieurs événements, faits et personnages ont réellement existé, cette grande aventure est une pure fiction.
    Les rebondissements ne manquent pas tout au long d’un récit qui se déroule selon un rythme entraînant bien maîtrisé.Black squaw 2 planche autre 2
    Côté dessin, les amateurs d’avions anciens vont se régaler avec ce nouvel album qui confirme s’il en était besoin le talent d’Alain Henriet déjà largement apprécié sur Dent d’Ours et ses précédentes séries.
    Il nous régale d’un dessin clair, aéré, soigné. On le sent très à l'aise pour les voltiges, loopings et autres acrobaties aériennes réalisés avec succès par Bessie pour déjouer (ou abattre) l'ennemi.
    Beaucoup d’avions de toute beauté dans des paysages grandioses mais pas que. Henriet nous régale de belles scènes d'action, de superbes chevaux et de très beaux décors mais n’oublions pas surtout la ravissante Bessie.
    Les cases sont bien travaillées (gros travail de documentation à l’appui) et agrémentées de plusieurs hommages à d'autres personnages BD.
    Très agréable mise en couleurs d’Usagi, claire et dynamique donnant encore plus de vie à l'ensemble.Black squaw 2 jacquette
    A noter que l'album existe aussi en Édition spéciale avec jaquette de couverture et frontispice numéroté et signé par les auteurs au tirage limité de 999 exemplaires.

    SDJuan

  • KURUSAN, le samouraï noir T1

    KurusanTome 1 - Yasuke
    Scénario : Thierry GLORIS
    Dessin : Emiliano ZARCONE
    Couleurs : Bruno TATTI
    Dépot légal : janvier 2021
    Editeur : Delcourt
    Collection : Histoire & histoires
    ISBN : 978-2-413-01990-9
    Nombre de pages : 56

    Japon, 1570. Fils d'un seigneur local, Oda Nobunaga a réussi à se hisser au rang de "daimyo" (gouverneur militaire/seigneur de guerre). Désormais sa réputation le précède et lui a valu le surnom de Roi Démon. C’est un homme ambitieux qui convoite le titre de "shogun" (en quelque sorte, général en chef). Parallèlement, un jésuite italien nommé Alessandro Valignano est arrivé au Japon pour y effectuer la tournée des congrégations de son ordre, accompagné de son serviteur, Yusuf, un ancien esclave noir doté d’une force incroyable, qu’il a rebaptisé Joseph. Ce géant noir (il mesure presque 2 mètres), véritable force de la nature, est une curiosité au Japon et il attise des convoitises. Amené à croiser sa route, Oda Nobunaga est fort impressionné et manifeste clairement le désir de le prendre à son service. Il l’achète au missionnaire et le surnomme Kuru, c’est-à-dire "noir". Le peuple le surnommera désormais Kurusan ("monsieur noir"). Kuru doit alors suivre un enseignement strict pour apprendre la langue et les coutumes et traditions du pays. Il prend alors le nom de Yasuke. Il apprend vite et passe de simple curiosité à garde du corps de son maître. Ce dernier se liera d’amitié avec lui et le prendra même sous son aile pour en faire un homme de confiance. Pour le moment, il n’a pas encore qualité pour combattre mais très vite et avec l’aide de la chance, il se verra proposer une formation de guerrier, autrement dit de samuraï.Kurusan plancheMon avis : Le premier tome de "Kurusan, le Samouraï noir" accroche d’emblée le regard avec sa superbe couverture emblématique du sujet abordé, qui devrait ravir les amoureux de la culture japonaise traditionnelle mais pas seulement.
    Thierry Gloris entreprend donc de nous conter un pan de l’histoire avec un grand H d’Oda Nobunaga, cet important daimyo (seigneur de guerre) de la période Sengoku (1477-1573), dite des provinces en guerre, de l’histoire du Japon.
    Oda Nobunaga a passé sa vie sur les champs de bataille et a conquis une grande partie du Japon avant sa mort en 1582. On le voit nouer des liens avec cet esclave noir, dont le personnage mais surtout la stature l’ont littéralement fasciné, l’un des rares étrangers et sans doute le seul noir de tous les temps à être devenu samuraï.
    On découvre l’ascension de Yusuf, alias Joseph, alias Kuru, alias Yasuke grâce à sa capacité de s’adapter et d’apprendre les coutumes japonaises.
    On passe assez vite d’une étape à l’autre, sur ses rapports avec les différentes personnes qui l'entourent, sur les étapes de l’ascension de ce jeune apprenti samuraï. Vivement le tome deux pour le voir en action.
    J’aurais aimé que cette phase d’apprentissage soit plus développée mais je suppose que ce n’est pas l’essentiel pour Thierry Gloris qui dirige plutôt son écriture vers les liens entre ces deux hommes de culture et de coutumes différentes, vers l'évolution de leur relation qui force le respect mais surtout sur le contexte et l’époque où se situe l’action, particulièrement riches en événements largement évoqués par les scènes de combat, complots et intrigues qui agrémentent le récit.
    Un scénario bien construit et documenté et surtout intelligible à tous et pas seulement aux seuls initiés.Kurusan 1 samurai noirCôté dessin, la qualité est au rendez-vous. Emiliano Zarcone passe avec aisance de scènes paisibles ou d’euphorie à d’autres plus violentes et même à des combats très durs au sabre. 
    Toute la panoplie de l'univers japonais est bien représentée, l’atmosphère générale, les édifices, les costumes, les tenues de combat traditionnelles.
    Un ensemble dynamique, bien découpé où les couleurs (dues à Bruno Tatti) s’accordent aux différentes situations, notamment plus vives sur les scènes d’action.
    Il n'y a pas que Kurusan qui se forme à la culture japonaise, le lecteur aussi.

    SDJuan

  • LE PRÉ DERRIÈRE L'ÉGLISE

    Pre derriere l egliseTome 1 . Le Pink Clover
    Scénario : CRISSE
    Dessin : Christian PATY
    Couleurs : Christian PATY
    Dépot légal : Mars 2021
    Editeur : Soleil
    ISBN : 978-2-302-08940-2
    Nombre de pages : 48

    Kilkenny, quelque part dans les landes irlandaises. Comme chaque matin, le vieux curé prépare et répète son prêche derrière l’église du village. Il est plutôt désabusé car collé à son église il y a ce pub, le Pink Glover, qu’une bonne partie des villageois préfèrent à l’église et qui est devenu leur grand sujet de discussion et de désaccord. En fait, le curé n’est pas seul car, chaque jour, il a un auditoire fidèle de moutons qui l’écoutent parler et attendent les friandises qu’il a pris l’habitude de leur donner. Et même s’ils ne comprennent rien, ils l’écoutent car pour eux c’est la langue des anges. C’est Dieu en personne qui vient leur parler. Les moutons ne sont pas seuls. Partageant leur territoire, il y a aussi un hibou, un écureuil, un chien de berger, des chèvres et un bouc. Tous les jours la même scène se répète jusqu’à ce jour où le curé ne vient pas. Les moutons attendent, car Dieu peut bien arriver en retard, ce n’est pas eux qui vont le blâmer ou même le réprimander, c’est Dieu après tout. Toutefois, ils s’interrogent. Pourquoi ne revient-il plus ? Qu’ont-ils fait pour mériter ça ? Même s’il a vu que quelque chose d’inhabituel se passait, le hibou ne veut pas en informer les moutons. Dans le village, la rumeur se répand que le prêtre est décédé. Il aurait même été tué ! Dès lors, tout va se dérégler aussi bien chez les animaux que chez les humains.Pre derriere l eglise planche 1Mon avis : Crisse, de son vrai nom Didier Crispeels, ne nous a pas vraiment habitué à ce genre d'histoires. C'est sur le plancher des vaches – ou plutôt des moutons – qu’il nous entraîne pour nous faire partager une aventure à la fois loufoque et grave, mélange de polar à travers l’enquête sur la disparition d'un prêtre et de questionnement existentiel sur la place de la religion tant de la part des villageois que des moutons pour qui le curé est Dieu venu sur Terre.
    À de nombreux égards, les humains, ces "balourds de paroissiens" comme le dit si bien le curé, ne valent pas mieux que les animaux.

    C'est drôle, bien mené et intelligent avec des dialogues soignés et piquants où chaque mot est pesé. Comédie, critique moqueuse des défauts des uns et des autres, orgueil démesuré, calomnie, stupidité des opinions, etc., on accroche tout de suite. L’histoire captive et on ressent même de l'empathie pour les bêtes tandis qu’on s’efforce de comprendre ce qu'il se passe dans la tête des gens.Pre derriere l eglise plancheLes dessins de Christian Paty restituent parfaitement les ambiances, drôles comme inquiétantes, dans des paysages et décors irlandais attrayants.
    Soulignées par un trait accentué, les bouilles incroyables d'impassibilité ou de béatitude des bêtes et les trognes très expressives et caractéristiques des humains donnent le ton.
    Une belle mise en page et de bons choix de cadrages.
    Des couleurs agréables donnant vie à l’ensemble.

    SDJuan

  • ASPIC t8

    Aspic 8Tome 8 . Trois petits tours et puis s'en vont
    Scénario : Thierry GLORIS
    Dessin : Emmanuel DESPUJOL
    Couleurs :Saint-Blancat, Cyril SAINT-BLANCAT
    Dépot légal : mars 2021
    Editeur : 
    Soleil
    Collection : Boussole
    Cycle : 4
    ISBN : 978-2-302-08939-6
    Nombre de pages : 48

    L’enquête de l’Agence Aspic sur les ancêtres de Flora a mis au jour des aspects obscurs et condamnables sur les origines de la fortune familiale. Mais dans le même temps, ces vérités révélées et la sincérité et l’affliction de Flora ont permis de lever la malédiction qui accablait la famille. Satisfaits de cette vérité, les Gardiens des Maudits, ces fantômes qui hantaient la maison, ont finalement décidé de quitter les lieux. Il reste toutefois à élucider le mystère de la mort de la mère de Flora, revenue d'entre les défunts sous la forme d’une momie très bavarde. Elle en est certaine, elle a été assassinée par un membre de sa propre famille qui lui a offert un cadeau empoisonné. Il ne reste plus à Flora qu’à découvrir le coupable et pourquoi il y a eu meurtre.  Aspic 8 plancheMon avis: Ce dernier tome intitulé "Trois petits tours et puis s’en vont" met fin aux enquêtes menées dans l’univers du surnaturel.
    Les personnages atypiques et souvent drôles nous auront donc tenu en haleine jusqu’au bout depuis plus de dix ans.
    L’album constitue une enquête de poids puisqu’il s’agit de trouver l’assassin de la mère de Flora, occasion de nous (re)faire découvrir l’histoire de la famille en apportant son lot de surprises avant de s’achever sur une conclusion plutôt surprenante.
    On retrouve au passage tous les personnages pour la plupart sympathiques même si extravagants, parmi lesquels certains aïeuls plutôt singuliers qui ont rendu cette série passionnante, une série comme l’indique son titre complet "Aspic, détectives de l’étrange" mêlant intrigues, histoires de familles décapantes, enquêtes rondement menées sur fond d’occultisme, de fantastique mais aussi de comédie.Aspic 8 planche autre

    Au dessin, Emmanuel Despujol (qui a succédé à Jacques Lamontagne à partir du tome 4) nous fait vivre l’aventure avec une énergie débordante.
    Un dessin toujours aussi soigné et détaillé sur les décors et les personnages, jusque dans les plus petites cases, un beau travail sur les cadrages, les perspectives, la mise en page, tous variés et efficaces pour une belle fluidité narrative.
    Beau travail également sur les couleurs de la part de Cyril Saint-Blancat. Belle mise en valeur du dessin de Despujol à qui l’on doit une illustration de couverture très parlante et attrayante.

    SDJuan

  • JYLLAND Tome 1

    JyllandTome 1 . Magnulv le Bon
    Scénario : Bruno DE ROOVER
    Dessin : Przemyslaw KLOSIN
    Couleurs : Przemyslaw KLOSIN
    Traduction : Philippe NIHOUL
    Dépot légal : 04/2021 (Parution le 13/04/2021)
    Editeur : Anspach
    ISBN : 978-2-931105-01-6
    Nombre de pages : 48

    Le chef viking Sten est de retour sur les terres de Jylland après une longue absence pendant laquelle, fidèle aux traditions, il a combattu et s’est livré au pillage. Il n'a pas pu rapporter la totalité du butin amassé mais rien ne presse. Il en a laissé une partie et compte bien la récupérer au plus vite. Au village, il retrouve Erle, sa partenaire secrète, qui tente en vain de lui parler mais l'heure n'est pas à la parlotte car Sten a autre chose à partager avec celle qu'il n'a plus revue depuis trop longtemps déjà. En fait, elle voulait l'avertir que la situation a changé à Jylland. Son père, le roi Magnulv, est mourant et son frère ainé, Rodor, va lui succéder. Mais surtout, le roi s'est converti au christianisme afin de pacifier la région en incitant son peuple à en faire de même. C’en est fini maintenant des traditionnels attaques, razzias, pillages entre clans vikings. Désormais, ils devront tous vivre en paix. Sten va donc devoir rendre son butin bien malgré lui. Mais il n'est pas homme à obéir sans se rebeller et compte une nouvelle fois le faire à sa manière: connaître son ennemi jusqu'au moindre détail pour le vaincre… sauf que, cette fois, l'ennemi est la religion.  Jylland plancheMon avis : Premier tome d’une trilogie écrite par le dessinateur puis scénariste néerlandophone Bruno de Roover (né à Bruges en 1972) qui traite de l'arrivée du christianisme parmi les peuples vikings.
    Le récit aborde la transition entre une société plutôt violente inspirée par un système religieux polythéiste aux dieux multiples et une nouvelle religion prônant la paix et l’amour du prochain. Il décrit comment ces peuples ont vécu cette transformation et accepté de se convertir à travers le personnage de Sten, l’un des fils du Roi Magnulv.
    On pourrait penser que les choses ne vont pas vraiment se passer pacifiquement, mais Sten a décidé d’être conciliant. Il accepte le choix de son père et le couronnement de son frère Rodor. En fait, c’est pour mieux étudier la situation car on va découvrir qu’il est surtout un très habile manœuvrier.
    Comme dans ses combats, il n'attaque jamais de face préférant étudier son ennemi pour en connaître chaque point faible. Il est malin, plein d’ambition et sournois mais sa ruse n’est pas uniquement tournée vers les ennemis car au sein même de son clan il a des projets bien arrêtés.
    Il va sans dire qu'on va aller de rebondissements en retournements de situation et pas toujours là où on le pensait.Jylland planche suiteL’album est illustré par le dessinateur polonais Przemyslaw Klosin dont c’est le premier album et qui travaille surtout pour le magazine hollandais Eppo (nouvelle formule depuis 2009).
    Son dessin réaliste est de très bonne facture, ses personnages bien distincts et reconnaissables, le découpage des planches dynamique pour un album d’où se dégage une belle énergie et qui offre une lecture fluide.
    Beau travail également sur les couleurs même si on peut regretter des tons trop sombres sur les scènes de nuit ou dans l’ombre qui perdent un peu en détails.
    A noter l’intervention de Bérengère Marquebreucq sur l’illustration de couverture où elle a travaillé la mise en lumière des couleurs.
    Baudouin Deville s'est également chargé de la conception et de la réalisation graphiques.
    Mais au fait, Marquebreucq, Deville, De Roover... ne font-ils pas déjà partie de la petite famille Anspach? Décidément, Nicolas Anspach qui en est à son septième album, n'en finit plus de nous surprendre en nous offrant de beaux albums originaux ou traduits du néerlandais comme ce dernier-né (deux tomes de Jylland déjà parus chez Uitgeverij). Ce n'est pas étonnant vu son parcours dans le milieu de la BD et sa passion pour le 9e art.

    SDJuan
     

  • OMERTA À LUANDA

    Omerta a luanda 2Scénario : Rudi MIEL
    Dessin :  Luca MALISAN
    Couleurs :  Filippo RIZZU et Massimiliano RIVA
    Dépot légal : mars 2021
    Editeur : Credendo
    Nombre de pages : 192

    Harold Calberg vient d’être engagé au sein du groupe d'assurance-crédit européen Credendo. À peine installé, il se voit confier la mission de vérifier plusieurs dossiers concernant des matériels destinés à l'exportation. D'une part, des jeux vidéo mettant en scène des Chats Rockeurs produits par Gaming Attitude et destinés à la Slovénie et, de l'autre, une excavatrice-amphibie à destination de l'Angola pour la rénovation du port de Luanda. Ayant déjà remporté le lot 1 pour ce chantier, "Harbour Dynamics" à Hambourg qui sous-traite avec "Hoist Trade International" à Anvers, est à présent en concurrence avec "Blue Heaven Energies Ltd" à Boulogne-sur-Mer pour le lot 2 dont l'enveloppe s’élève à 89 millions d'euros. Un troisième concurrent sérieux, "Puerto Ilimitado" à Barcelone, est aussi sur les rangs et pourrait bien remporter l’appel d’offres qui lui ouvrirait la voie pour le lot trois estimé à un demi-milliard. La concurrence fait rage et tous les coups semblent permis. C’est au siège de la filiale de "Harbour Dynamics" à Luanda que les choses vont prendre une tout autre tournure quand Harold sera informé qu’il manque le moteur de l'excavatrice-amphibie qui vient d’être livrée. D’après "Hoist Trade International", tout avait été vérifié avant d’être chargé dans un conteneur au départ d'Anvers. Le bureau d'enquête de Credendo se retrouve en première ligne à commencer par Harold qui va devoir se lancer à la recherche du moteur disparu. 

    Mon avis : La compagnie d’assurance-crédit à l’exportation Credendo célèbre son centenaire. Elle a vu le jour en 1921 sous le nom de Commission du Ducroire, deuxième compagnie d'assurance-crédit au monde à être mise sur pied après celle du Royaume-Uni. En 2004, le Ducroire évolue du statut classique d’assureur-crédit à l’exportation public à celui de groupe d'assurance-crédit européen sous la dénomination commerciale unique de "Credendo". Il est aujourd’hui présent dans 15 pays en Europe.

    Plusieurs initiatives ont été prises pour célébrer ce centenaire : une brochure retraçant les grands événements de son histoire, un film corporate, une série de podcasts sur le site internet, mais également cet album-anniversaire qui a paru s’imposer puisque la Belgique est la patrie du 9e art et la bande dessinée un média qui se prête parfaitement à la mise en scène d’un univers qui n’a parfois rien à envier aux meilleurs films d’action du cinéma. "En 100 ans de Credendo, nous avons pas mal d’anecdotes qui illustrent la face cachée de nos métiers. Credendo a confié à deux auteurs de bande dessinée aguerris, Luca Malisan (dessins) et Rudi Miel (scénario), l’élaboration d’une trame construite autour de scènes et de souvenirs que nos collaborateurs leur ont racontés", explique Nabil Jijakli, Group Deputy CEO / DG adjoint du Groupe Credendo. L'album a été tiré à 10000 exemplaires et traduit dans 5 langues.Omerta a luanda planche 2Rudi Miel connaît un mois d'avril chargé avec la sortie de deux albums dans des genres bien différents, l'un (Buonaparte) à l’occasion du bicentenaire de la mort de Napoléon (voir notre chronique ici) et l’autre (Omerta à Luanda) sous la forme d’une enquête dans le milieu de l’assurance-crédit et celui des "affaires" où la perspective de remporter un appel d'offre peut susciter des rivalités entre les soumissionnaires et, parfois, donner lieu à des manœuvres sinon malhonnêtes, du moins pas toujours orthodoxes. S’appuyant sur des faits réellement survenus au sein de Credendo et/ou des anecdotes rapportées par des agents de l’entreprise, Rudi Miel nous propose un récit riche en rebondissements, agrémenté de quelques scènes d’action bien rendues. Ici, la concurrence fait rage et tous les moyens semblent bons (dessous-de table, tentatives de corruption, bilan truqué transmis à la presse, piratage de serveurs informatiques, etc.) pour nuire à un rival et s’implanter durablement en Angola. Et le coupable n’est pas toujours celui que l’on croit. Un scénario plutôt clair et fluide traitant d’un sujet qui aurait pu s’avérer rébarbatif pour les non-initiés. En insérant une large dose de fiction et des personnages bien campés, Rudi Miel réussit à captiver notre attention tout en nous permettant de mieux comprendre les rouages de ce genre d'enquête sans tomber dans le didactisme (rôle dévolu au lexique illustré des principaux termes relatifs aux risques et à l’assurance-crédit en fin d’album).

    C’est Luca Malisan (Les amants de Carcassonne, La conjuration de Cluny, Les seigneurs de la Terre, In vino veritas, etc.) qui illustre cette aventure moderne d’une manière très agréable notamment sur les nombreux paysages naturels et/ou décors urbains, en particulier, portuaires et industriels, des différentes villes visitées. L’aspect polar est bien présent à travers quelques belles scènes d’action. Pourtant nombreux, les personnages sont aisément reconnaissables et bien caractérisés. Enfin, l’ensemble bénéficie de cadrages et d’un découpage plutôt dynamiques assurant une lecture facile et confortable.

    SDJuan

  • LADY KILDARE

    Lady kildare 1Tome 1
    Scénario : Brian HABERLIN & Brian HOLGUIN
    Dessin :  Jay ANACLETO,  Brian HABERLIN & Roy MARTINEZ
    Couleurs :  Brian HABERLIN et Drew et Alex
    Dépot légal : Avril 2021
    Editeur :
    Delcourt
    Collection : Contrebande
    ISBN : 978-2-413-02476-7
    Nombre de pages : 192

    Lady Kildare, connue aussi sous le nom d’Aria, de la maison de Dannan, a quitté le monde des fées pour celui des humains, en s’installant à New York où, entourée d’ami(e)s, elle profite pleinement de la vie en prenant du bon temps. Lorsqu’une série de meurtres se produit, la nature des crimes ravive les inquiétudes concernant un grand danger à venir. Et d’ailleurs, peu après cela se confirme lorsque leur amie et cousine de Lady Kildare, Gwynnion, surnommée Ginny, que tous croient en pleine dépression nerveuse, leur annonce qu’il y a plusieurs années le maître du mal qui avait pris forme humaine durant une journée, avait réussi à la séduire et lui faire porter son enfant. C’est ce qui l’avait poussée vers la folie au point de faire le choix de l’abandonner dès la naissance. Aujourd'hui, l’enfant est devenu un adulte prêt à répandre le mal et Lady Kildare et ses amis devront s'opposer à lui de toutes leurs forces. 
    Comme si cela ne suffisait pas, un nouvel être maléfique s'est emparé d’un ange nommé Angela qu’il tient sous son emprise. Lady Kildare sait où emmener ce démon non seulement pour libérer Angela mais aussi pour canaliser sa colère contre ce démon. 
    Lady kildare t1 page 1Mon avis: Cet album est l’occasion de retrouver Aria et Angela, ces deux héroïnes que tout lecteur amateur du genre a déjà croisées il y a quelques années déjà. Le récit s’articule autour de trois histoires, et débute par plusieurs pages de présentation. Au départ, on ne voit pas très bien où cela va nous mener, puis l’intrigue se précise et devient même addictive. Le scénario, sous forme d’enquête, prend alors tout son sens, multipliant les rebondissements qui mettent les éléments en place au fil des pages. La seconde histoire, en forme de crossover avec Angela, nous emmène aux frontières du réel, du métaphysique et du religieux. On bascule de notre monde et ses croyances dans la pure fantasy avec une aisance déconcertante et accrocheuse. On côtoie un lycanthrope, un magicien, un ange, des trolls, des fées etc. Il ne faut surtout pas faire l’impasse sur les passages écrits clôturant l’album agrémentés de quelques illustrations qui sont aussi l’occasion de comparer la puissance du texte par rapport à un "simple" dessin ou illustration pour décrire une même situation. Brian Haberlin et Brian Holguin nous offre un récit original, surprenant et captivant.Lady kildare t1 page 4

    Les dessins de Jay Anacleto, Brian Haberlin et Roy Martinez sont de même qualité même si légèrement différents et de toute beauté.
    Des personnages dans un style réaliste, et au physique attrayant en ce qui concerne les héroïnes et leurs amies, évoluant dans de superbes décors new yorkais et londoniens ou de nature féerique soignés et riches en détails.
    Un découpage fluide et dynamique font de cet album assez volumineux un très bon moment de lecture mêlant les styles comics, franco-belge et fantasy.

    SDJuan